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jeudi 13 décembre 2018

Caulaincourt, un diplomate malgré lui

Diplômé de l'École nationale des chartes, agrégé et docteur en histoire, Olivier Varlan est professeur d'histoire et de géographie dans le secondaire. Il vient de consacrer une biographie à Caulaincourt, à qui il a consacré plusieurs travaux universitaires. Article inédit. 
Malgré sa proximité avec Napoléon, Caulaincourt a été peu étudié par les historiens. En effet, il a fallu attendre le début du XXIe siècle pour que les historiens s'intéressent à ce personnage car dans les années 1930, Jean Hanoteau, en publiant les mémoires de Caulaincourt, les a introduit par une notice biographique qui dissuada les historiens de lui consacrer une biographie. 
Olivier Varlan divise son ouvrage en trois parties : le "favori" de Napoléon (1773-1807) ; deux séjours en Russie (1807-1812) ; le négociateur de la fin de l'Empire (1813-1815). Caulaincourt est né en 1773 dans une famille de la noblesse picarde. Jusqu'en 1796, Caulaincourt fait un apprentissage militaire mouvementé auprès de son père puis d'un ami de sa famille, Aubert-Dubayet. De 1796 à 1802, grâce notamment à Aubert-Dubayet, il participe à sa première expérience diplomatique à Constantinople, ce qui l'amène à hésiter entre continuer sa carrière militaire ou épouser la carrière diplomatique. Jusqu'en 1804, il commence une carrière curiale en devenant aide de camp de Bonaparte. Olivier Varlan souligne que Caulaincourt n'a pas participé directement à l'affaire d'Enghien. À la proclamation de l'Empire, Napoléon le nomme Grand Écuyer de l'Empire, fonction très importante qui lui donne de  nombreuses et lourdes responsabilités. Il occupe ce poste jusqu'en 1815. De 1804 à 1807, Napoléon confie des missions diplomatiques à Caulaincourt : il est chargé de discussions officieuses avec l'envoyé russe puis mène ses premières négociations diplomatiques avec l'Empire ottoman.
Suite à l'alliance de Tilsit, Caulaincourt devient ambassadeur de France en Russie, bien qu'il ne voulait pas de ce poste. Ce séjour en Russie lui permet d'obtenir l'amitié du tsar Alexandre et il devient le plus fidèle soutien à l'alliance franco-russe. Malgré ses efforts, cette alliance a été un échec parce que les deux empereurs avaient des ambitions contradictoires. À son retour de Russie, il subit les foudres de Napoléon qui le disgracie. Il ne peut empêcher la campagne de Russie préparée par Napoléon bien qu'il a tenté de l'avertir des dangers de cette entreprise. 
L'échec de cette campagne permet un retour en grâce de Caulaincourt puisqu'il est nommé malgré lui ministre des Relations extérieures en 1813. En effet, aux yeux de l'opinion, il est considéré comme "l'homme de la paix". Ainsi, il tente de négocier avec les Coalisés lors des congrès de Prague (1813) et de Châtillon (1814). Puis il négocie l'abdication de Napoléon, obtenant l'île d'Elbe grâce à son amitié avec le tsar. Lors des Cent-Jours, il reprend du service comme Grand-Écuyer et comme ministre des Relations extérieures. Ce dernier acte politique provoque la fin de son amitié avec le tsar. La fin de ses charges auprès de Napoléon lui permet de se consacrer à sa vie familiale car Napoléon l'avait empêché de se marier. Caulaincourt meurt des suites d'un cancer de l'estomac en 1827.
Pour cet ouvrage, Olivier Varlan s'appuie sur une imposante documentation et une historiographie récente. L'auteur offre un ouvrage de qualité sur l'histoire diplomatique de la période napoléonienne. 

Olivier Varlan, Caulaincourt. Diplomate de Napoléon, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2018, 499 p. 25 euros. 

Le système de la famille Bonaparte

Ancien élève de l'École nationale des chartes, archiviste-paléographe, docteur en histoire et conservateur des bibliothèques de Versailles, Vincent Haegele publie chez Perrin Napoléon & et les siens. Un système de famille. Article inédit. 
Avant de s'intéresser au système de la famille Bonaparte, Vincent Haegele a édité la correspondance entre Napoléon et Joseph et a publié une biographie croisée des deux frères et une autre de Murat. Vincent Haegele divise son ouvrage en trois parties s'inspirant de la botanique : racines et bourgeons; greffes et boutures; floraisons et rejets. Le système familial des Bonaparte débute grâce à la courtisanerie et aux investissements de Charles Bonaparte. Lorsque celui-ci disparaît, l'oncle Luciano et le frère de Letizia, l'abbé Joseph Fesch, veillent sur le clan familial. Les soubresauts révolutionnaires amènent les Bonaparte à fuir la Corse et ils profitent du renouvellement des élites provoqué par la Révolution. La guerre permet à Napoléon d'accumuler les succès qui lui donne la possibilité de favoriser les membres de sa famille : Lucien reçoit une commission d'ordonnateur lorsque la Corse est reconquise et Joseph devient ambassadeur. Ce sont eux qui vont jouer un rôle décisif dans l'accession au pouvoir de Napoléon. Une fois au pouvoir, Napoléon associe sa famille aux plus hautes fonctions de l'État : Lucien devient ministre de l'Intérieur, Joseph continue sa carrière diplomatique et les beaux-frères Murat et Leclerc obtiennent d'importants commandements (l'Italie pour Murat ; Saint-Domingue pour Leclerc). Durant le Consulat, Napoléon tente de conquérir une paix durable et établit les membres de sa famille. Une fois à la tête d'un empire dominant l'Europe, il place ses frères et soeurs sur plusieurs trônes européens (Joseph à Naples puis en Espagne, Louis en Hollande, Jérôme en Westphalie, Murat à Naples, etc). Le pouvoir éloigne Napoléon de ses frères qui regrettent le temps où ils pouvaient s'entretenir facilement avec lui. Ils s'opposent de plus en plus à lui, entraînant les trahisons et les reniements qui aboutissent à la chute de Napoléon et du système familial. 
Pour son ouvrage, Vincent Haegele s'est appuyé sur une abondante documentation et une historiographie récente. 

Vincent Haegele, Napoléon & les siens. Un système de famille, Paris, Perrin, 2018, 431 p. 24.90 euros. 

Cambacérès, plus qu'un numéro deux

Pierre-François  Pinaud (1951-2012), docteur en histoire et spécialiste de l'histoire des finances publiques, s'est passionné pour la période napoléonienne. Sa biographie de Cambacérès revient aujourd'hui dans la collection "Tempus". Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléon n°517, octobre-décembre 2018, p. 60.

Bien qu'il fut le "vice-empereur" de Napoléon, Cambacérès a intéressé peu d'historiens. Seule, en 2009, Laurence Chatel de Brancion lui avait auparavant une biographie. Cambacérès est né en 1753 à Montpellier dans une famille de la noblesse locale. En 1789, alors reconnu pour ses talents de juriste, il commence à sa carrière politique exceptionnelle. Il est l'un des hommes clés de la Convention où il joue quasi-constamment un rôle décisif dans le comité de Législation, en présentant plusieurs projets de Code civil. Après Thermidor, il préside la Convention puis le Comité de Salut public. Sous le Directoire, il voit sa candidature au poste de directeur refusée par le conseil des Cinq-Cents puis devient ministre de la Justice. Il est l'un des artisans du coup d'État de Brumaire et l'un des fondateurs du régime consulaire. Bonaparte lui offre une nouvelle carrière puisqu'il devient Second Consul et restera son homme de confiance. Il est l'un des principaux rédacteurs du Code civil. Lorsque l'Empire est proclamé, il devient archichancelier et joue donc ce rôle de vice-empereur auprès de Napoléon qui lui délègue le pouvoir lorsqu'il quitte Paris.
Mais l'affaire Malet en 1812 et la vieillesse de Cambacérès amènent Napoléon à moins confier de responsabilités à son bras droit. À la suite de la chute de l'Empire, l'ancien archichancelier part en exil tout en veillant à sa fortune. En 1818, il rentre à Paris pour vivre une retraite paisible et s'éteint en 1824. 
Même si l'on peut regretter l'absence de notes en bas de pages ou en fin d'ouvrage, Pierre-François Pinaud s'est appuyé pour son ouvrage sur une abondante documentation. 

Pierre-François Pinaud, Cambacérès, Paris, Perrin, coll. "Tempus", 2018 (1ère édition : 1996), 409 p., 10 euros. 

mercredi 29 août 2018

Nouvelle histoire du Second Empire

Biographe de Lamartine, Briand et Defferre, Gérard Unger nous conte l'histoire du Second Empire. Son but est de montrer la France de l'époque, "dans sa routine et ses archaïsmes persistants, mais aussi ses changements porteurs d'avenir." Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléonien n°515, avril-juin 2018, p. 59. 


L'auteur rappelle que le régime a transformé la France et souligne que la Troisième République a poursuivi certaines politiques impériales (éducation, politique coloniale). Il divise son ouvrage en quatre parties. Pour devenir César, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République depuis 1848, doit réviser la Constitution pour se maintenir au pouvoir mais, échouant dans cette tentative, décide de faire un coup d'État. Son parcours, de sa naissance au coup d'État, est rappelé. Étant César, entre 1852 et 1860, Napoléon III met en place un régime autoritaire et conduit une politique étrangère brillante. La troisième partie du livre est consacrée à la description de la France du Second Empire. C'est une économie à deux vitesses avec ses innovations et ses archaïsmes, une société diverse et inégalitaire. Le Second Empire est une période faste pour la vie intellectuelle. La dernière partie de l'ouvrage, intitulée "le Capitole et la roche tarpéienne (1860-1870)" s'intéresse à la deuxième décennie du règne où Napoléon III libéralise progressivement son régime. Sur le plan international, malgré quelques réussites, cette fin de règne est marquée par des désillusions et surtout par l'échec final face à la Prusse qui emporte le régime (l'historien fait aussi plusieurs clins-d’œil à Lamartine à qui il avait consacré une biographie en 1998). 
Un cahier central réunit autour de Napoléon III, épouse et fils, proches (Persigny, Plon-Plon, Morny, Rouher), opposants (Thiers, Gambetta, Ferry), courtisanes (la Castiglione et la Païva), acteurs internationaux (Bismarck, Alexandre II, Victor-Emmanuel II, Victoria), mouvements artistiques (Courbet, Manet, Beaudelaire et Daumier), vie économique et sociale (le Creusot, la paysannerie, les travaux d'Haussmann) et batailles (Malakoff, Solférino et Sedan). Il aurait été intéressant d'utiliser les travaux de Juliette Glikman et Francis Choisel et les récentes biographies de Persigny et Bismarck. On regrettera également qu'il n'y ait qu'une carte consacrée aux opérations en Crimée, et pas aux autres thématiques. 

Gérard Unger, Histoire du Second Empire, Paris, Perrin, 2018, 480 p., 24 euros 90. 

mardi 28 août 2018

Clausewitz, l'inconnu illustre


Bruno Colson nous conte pas à pas la vie de Carl von Clausewitz, personnage principalement connu pour avoir écrit De la Guerre (Vom Kriege). Il s'intéresse au personnage dans sa globalité, et pas seulement au théoricien de la guerre qu'il fut. Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléonien n°515, avril-juin 2018, p. 55. 

Né en 1780 à Burg (actuelle Saxe-Anhalt), Clausewitz entre à douze ans dans l'armée prussienne, ce qui l'amène, bien qu'il ne puisse pas encore combattre, à être témoin du siège de Mayence, occupée à cette époque par 23 000 Français. Pendant sa garnison à Neuruppin, il augmente ses connaissances par des lectures. En 1801, il entre à l'Institut pour les jeunes officiers où il fait la rencontre de Gerhard von Scharnhorst, qui va devenir son mentor. C'est à partir de 1802 qu'il se lance dans l'écriture en parallèle à ses activités d'officier prussien. L'année suivante, son affectation comme aide de camp du prince Auguste de Prusse lui permet de commencer à côtoyer la cour. Il est témoin de la victoire du maréchal Davout à Auestaedt en 1806 où il a une conduite courageuse. La catastrophe de 1806 le traumatise. Ami de Scharnhorst et Gneisenau, il participe à leur réforme de l'armée des années 1808-1811. En 1812, alors que Napoléon se prépare à envahir la Russie et qu'il force la Prusse à s'allier avec lui, Clausewitz propose de servir l'armée du tsar. Une décision qui lui vaut une disgrâce de quelques années de la part du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. À la fin de la campagne, il participe aux négociations avant Tauroggen, prélude au changement de camp de la Prusse. En 1815, il est le chef d'état-major d'un des quatre corps d'armée prussien et ses décisions prises à Ligny et Waterloo ont une portée considérable. Il devient ensuite directeur de l'École de guerre de Berlin après avoir été nommé général, ce qui lui permet de se consacrer à l'écriture. En 1831, les Prussiens, craignant une propagation du soulèvement polonais, mobilisent des troupes sous le commandement de Gneisenau qui fait appel à Clausewitz pour être son chef d'état-major. Mais le choléra emporte les deux brillants officiers prussiens. L'oeuvre de Clausewitz est publiée à titre posthume par son épouse Marie. C'est à partir de 1870 que Vom Kriege rencontre un grand succès (traduit dans de nombreuses langues), jamais démenti. Bruno Colson a passé plusieurs années à dépouiller les archives pour nous faire connaître toutes les facettes de ce personnage intéressant. 

Bruno Colson, Clausewitz, Paris, Perrin, 2016, 517 p., 27 euros. 






samedi 21 octobre 2017

Marie-Louise réhabilitée

Les impératrices sont à l'honneur. Après Pierre Branda pour Joséphine, Charles-Éloi Vial, archiviste paléographe et docteur en histoire, actuellement conservateur des manuscrits à la BNF, consacre une excellente biographie à la seconde épouse de Napoléon. Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléonien n°512, juillet-septembre 2017, p. 54. 

Dans l'historiographie napoléonienne, Marie-Louise est considérée comme une traîtresse, celle qui a abandonné Napoléon en ne le rejoignant pas à l'île d'Elbe. La légende noire l'a dépeinte comme une femme égoïste, futile, infidèle et nymphomane. A contrario, le but de Charles-Éloi Vial est de réhabiliter la personnalité de Marie-Louise. Née en 1791, elle était la fille aînée de l'empereur François Ier d'Autriche. Ayant grandi dans la haine des Français qui avaient exécuté sa tante Marie-Antoinette, elle dut épouser celui qui avait vaincu sa patrie à plusieurs reprises. Bien que son mariage fût politique, Marie-Louise aima véritablement Napoléon, qui le lui rendit également. Elle donna à l'empereur son héritier tant attendu mais ses fonctions d'impératrice lui pesèrent énormément. À la chute de Napoléon, elle voulut le rejoindre mais fut contrainte de l'abandonner pour privilégier son avenir et celui de leur fils. Son amour passionnel envers un officier autrichien, le général Neipperg, lui fit oublier Napoléon d'autant plus que la cour d'Autriche s'amusait à la monter contre lui. Le congrès de Vienne lui attribua le duché de Parme où elle fut une bonne souveraine et joua un rôle majeur sur l'échiquier diplomatique européen pendant trois décennies. Pièce maîtresse de l'ordre metternichien en Italie, fortement chagrinée par les malheurs de son existence - parmi lesquels la mort du duc de Reichstadt en 1832 -, elle s'éteignit en 1847.
Charles-Éloi Vial s'était déjà intéressé à Marie-Louise en éditant en 2015 aux éditions Vendémiaires L'Adieu à l'Empereur. Journal de Marie-Louise. Il s'appuie ici sur une documentation abondante, souvent inédite. Son étude devient désormais la référence sur la seconde impératrice. 

Charles-Éloi Vial, Marie-Louise, Paris, Perrin, 2017, 448 p., 24 euros. 

dimanche 30 juillet 2017

Les guerres de Vendée revisitées


L'historien Jean-Joël Brégeon et l'écrivain Gérard Guicheteau s'associent pour cette Nouvelle histoire des guerres de Vendée. Les deux auteurs n'hésitent d'ailleurs pas à faire appel aux anecdotes pour nourrir leur récit. Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléonien n° 511, avril-juin 2017, p. 67. 
Les guerres de Vendée (1793-1832) ont intéressé de nombreux historiens. Parmi les conflits les plus sanglants, elles touchèrent presque tout l'ouest de la France. Les auteurs ont pour ambition de proposer une nouvelle présentation, sans grille de lecture manichéenne. Deux historiographies se sont longtemps opposées : d'un côté royaliste, favorable aux Vendéens et les victimisant ; de l'autre une analyse républicaine minimisant les souffrances des Vendéens. Indéniablement, les deux camps firent preuve d'atrocités. 

Jean-Joël Brégeon et Gérard Guicheteau, Nouvelle histoire des guerres de Vendée, Paris, Perrin, 2017, 421 p., 23.90 euros. 

Les collaborateurs de Napoléon


Dans la collection « Tempus » des éditions Perrin, le directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz, réédite (1) son ouvrage consacré aux ministres de Napoléon. Un rappel utile de leurs fonctions et de leurs rôles, souvent passés sous silence. Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléonien n° 511, avril-juin 2017, p. 62. 
Thierry Lentz souligne dès le début de son livre que la fonction de ministre sous Napoléon est peu connue. En effet, parce que l'Empereur possède une capacité de travail extraordinaire et qu'il veut s'intéresser à tout., ses ministres sont souvent perçus comme de simples collaborateurs. Parmi les trente-deux ministres de Napoléon, seuls quelques noms viennent à l'esprit, à l'exemple de Talleyrand et de Fouché (mais l'auteur estime que cette postérité n'est pas liée à leur département ministériel sous le Consulat et le Premier Empire mais plutôt au fait que l'un fut le prince des diplomates et le second passe pour être l'inventeur présumé de la police moderne). L'auteur nous fait également mieux connaître les personnalités de chacun des ministres. Il s'intéresse tout d'abord à leurs rôles dans l'État napoléonien, en étudiant leur statut selon la constitution, le travail avec l'Empereur lors des conseils, les différentes catégories de ministres et des éléments d'histoire ministérielle. Une place importante est accordée à Cambacérès, celui-ci étant souvent considéré comme un véritable Premier ministre. 
La deuxième partie de l'ouvrage comprend douze chapitres présentant chacun un département ministériel. Enfin, la troisième partie est consacrée à la biographie analytique et comparée des trente-deux ministres de Napoléon. L'auteur présente une prosopographie selon les critères suivants : état civil ; origines sociales et la formation ; ministres pendant la Révolution ; carrières des ministres sous le Consulat et le Premier Empire ; décorations, dotations, titres et honneurs ; attitude des ministres en 1814 et 1815 ; après Empire ; descendance et transmission des titres.
Thierry Lentz nous offre ainsi un ouvrage de référence pour tous les passionnés d'administration et de personnel politique.

1. Paris, Éditions Christian, 1999.

Thierry Lentz, Les ministres de Napoléon, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2016, 320 p., 9 euros. 

Deux géants de la France


Directeur d'études à l'EHESS, Patrice Gueniffey publie un Napoléon et de Gaulle, deux personnalités parmi les héros préférés des Français et qui ont tous deux incarné la figure du sauveur dans des circonstances pourtant diamétralement opposées. Article paru dans la Revue du Souvenir Napoléon n° 510, janvier-mars 2017, p. 60.

En 1986, Francis Choisel avait publié un ouvrage intitulé Bonapartisme et Gaullisme, issu de sa thèse de doctorat. Reprenant la comparaison, Patrice Gueniffey, qui travaille actuellement sur la biographie de Napoléon dont il a publié le premier volume en 2013 sous le titre Bonaparte, se transforme ici en Plutarque pour nous faire une vie parallèle entre Napoléon et de Gaulle. Deux dates peuvent être mises en avant : le 18 juin et le 9 novembre. Le 18 juin 1815, Napoléon perdit en effet sa dernière bataille à Waterloo tandis qu'en 1940 le général de Gaulle appela les Français à résister contre l'occupant nazi. Le 9 novembre 1799, le général Bonaparte s'empara du pouvoir par un coup d'État tandis qu'en 1970 le président de Gaulle rendit son dernier soupir. L'un fut le sauveur de la France durant la période troublée de la Révolution et fut le bâtisseur des institutions de la France contemporaine ; l'autre fut le sauveur de la France durant la Seconde Guerre mondiale et le fondateur de la Cinquième République. Tous deux furent des militaires brillants et surent manier la plume pour la postérité. Tous deux étaient des bâtisseurs, laissant une empreinte indélébile sur l'histoire de France avec un héritage important. Le livre est passionnant, comme son sujet. 

Patrice Gueniffey, Napoléon et de Gaulle, Paris, Perrin, 2017, 400 p., 21 euros. 

  

La mort des empires


Patrice Gueniffey et Thierry Lentz rééditent chez Perrin dans la collection « Tempus » l'ouvrage qu'ils ont dirigé consacré à la fin des empires. Article inédit. 

L'historien des relations internationales Jean-Baptiste Duroselle écrivait que « tout empire périra ». C'est pourquoi Patrice Gueniffey et Thierry Lentz ont réuni une vingtaine d'historiens pour raconter et analyser le déclin et la chute des empires qui ont façonné le monde. Vingt chapitres nous portent de la fin de l'empire d'Alexandre au déclin de l'Empire américain. Nos lecteurs y retrouveront Thierry Lentz étudiant la fin du système napoléonien sur l'Europe mais ils ne trouveront pas de chapitre sur le Second Empire puisque celui-ci ne façonna pas le monde mais seulement la France. Ils pourront se réconforter par l'étude des empires qui ont inspiré celui de Napoléon, à savoir l'empire romain et l'empire carolingien. Le Saint-Empire romain germanique dont Napoléon fut le fossoyeur a également un chapitre qui lui est consacré. Le XXe siècle occupe une place prédominante dans l'ouvrage puisqu'il a connu la fin de huit empires (Autriche-Hongrie, Empire ottoman, Troisième Reich, Japon, les empires coloniaux britannique et français et l'empire soviétique). Pierre Melandri conclut le livre en se posant la question d'un éventuel déclin de l'Empire américain.
Cet ouvrage est intéressant pour ceux qui veulent connaître le monde d'hier afin de comprendre celui d'aujourd'hui. 

Patrice Gueniffey et Thierry Lentz (dir.), La fin des empires, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2017, 576 p., 10 euros. 

lundi 16 janvier 2017

La mer de Chine, espace de conflictualités

Le numéro 84 de la revue Diplomatie (janvier-février 2017) vient de paraître. Son dossier porte sur les tensions en mer de Chine. Barthélémy Courmont et Éric Mottet se demande si la mer de Chine méridionale est une mer chinoise. Antoine Bondaz étudie la politique américaine en mer de Chine méridionale. Marc Julienne s'intéresse aux intérêts chinois dans cette mer. Stéphanie Martel montre que les pays d'Asie du Sud-Est sont divisés face à la riposte à donner à Pékin. Guibourg Delamotte étudie les enjeux nippons face aux revendications de Pékin en mer de Chine. 
Tristan Hurel interroge le politologue Raphaël Lefèvre sur le conflit syrien. Frédérick Gagnon analyse la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016. Philippe Velilla étudie le fait que les Palestiniens n'ont pas d'État puisque leur territoire est largement contrôlé par les Israëliens. Philippe Méral, Georges Serpantié et Fano Andriamahefazafy s'intéressent à la déforestation à Madagascar. Gabriel Facal étudie la transition démographique en Indonésie. Hugues Eudeline analyse le terrorisme maritime en Afrique. Thierry Vircoulon évoque la piraterie en Afrique. Olivier Mélennec estime que le golfe de Guinée est le nouvel épicentre de la piraterie mondiale. Marianne Péron-Doise étudie les conséquences la piraterie somalienne sur l'océan Indien. Bastien Alex analyse les difficultés à trouver des solutions concernant les changements climatiques. Jean Foyer et Lucile Maertens étudient la gouvernance globale des enjeux climatiques et ses limites. 


2017 : une annus horribilis ?

Le numéro 12 de la revue Conflits pour la période janvier à mars 2017 vient de paraître. Son dossier porte sur les dangers auxquels le monde peut être confrontés durant l'année 2017. En Europe, suite au Brexit, il y a un risque de désunion qui pourrait être accentué par les élections en France, en Allemagne et aux Pays-Bas ainsi que par la crise politique en Italie. En Asie, François Godement montre que la Chine pourrait se montrer plus offensive dans ses revendications maritimes face à ses concurrents comme le Japon et les Philippines. Rappelons que la Chine a opéré fin décembre 2016 la première sortie de son groupe aéronaval dans l'océan Pacifique. Jean-Marie Bouissou s'intéresse à la Corée du Nord, qui reste un pays dont il faut se méfier dans la mesure où sa véritable dangerosité est difficilement évaluable. Au Moyen-Orient, Agnès Richieri montre qu'on craint que la guerre de Syrie, conflit périphérique entre les deux puissances de la région que sont l'Arabie saoudite et l'Iran, ne débouche sur un conflit direct opposant les deux pays. Frédéric Pichon se demande les conséquences que pourraient avoir la prochaine victoire sur l'État islamique. Tancrède Josseran s'interroge sur le chemin que prend actuellement la Turquie d'Erdogan. Bernard Lugan étudie une Afrique du Nord sous tension. Olivier Hanne se demande si la menace djihadiste va disparaître du Sahel. Xavier Moreau se pose la question de savoir si le conflit ukrainien va déboucher sur une victoire pour la Russie. Enfin, Didier Giorgini conclut le dossier en s'intéressant à l'Amérique latine. Parallèlement à cet intéressant dossier, Pascal Gauchon interroge le journaliste spécialisé dans les questions de défense Jean-Dominique Merchet. Frédéric Pons dresse un portrait d'Abdelaziz Bouteflika dont le règne approche de son crépuscule. Tigrane Yégavian se demande si la Guinée-Bissau est un narco-État. Thierry Buron s'intéresse au groupe de Visegrad. Didier Giorgini étudie les micro-États. Olivier de Maison Rouge s'intéresse à la géopolitique du droit américain. Jean-Yves Bouffet voit que la Chine aimerait s'affranchir de la tutelle américaine sur les routes du commerce maritime. Florian Louis dresse le portrait de Thomas Barnett qui met la géopolitique au service du néolibéralisme. Charles Zorgbibe s'intéresse au moment où l'Angleterre a inventé la diplomatie des droits de l'homme. Enfin, Pierre Royer présente la bataille de Yorktown qui fut importante pour la victoire des États-Unis sur le colonisateur anglais. 

samedi 31 décembre 2016

Le Consulat et le Premier Empire revisité

Jean-Philippe Rey, agrégé et docteur en histoire, enseigne en classes préparatoires à l'Institution des Chartreux et à l'Institut d'études politiques de Lyon. Il vient de publier une Histoire du Consulat et du Premier Empire chez Perrin. Article inédit.  
Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon et auteur d'une Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre volumes et d'un Grand Consulat, préface l'ouvrage. Jean-Philippe Rey a découpé la période en quatre parties respectant un plan chronologique. Dans la première, intitulée "la dictature de Salut public (1799-1802), l'auteur traite du coup d'État de Brumaire, de l'établissement du régime, de la nécessité pour le Premier consul de gagner la guerre car le peuple français souhaitait la paix, de la "grande entreprise" de réformes et du triomphe du Premier consul qui obtint le viager de son pouvoir en 1802. La deuxième partie, "le choix de l'Empire (1802-1806)", l'auteur indique que, suite à la reprise de la guerre, l'Empire devait s'imposer comme solution nationale puis comme gouvernement avant d'étudier l'emprise du pouvoir sur la société et surtout le fait que l'Empire est une manière pour la France d'organiser sa domination sur l'Europe. Dans la troisième partie portant sur "le choix du système (1806-1810)", l'auteur montre comment Napoléon organise son contrôle sur l'Europe après avoir défait et humilié la Prusse et s'être entendu (provisoirement) avec le tsar de Russie, Alexandre. Mais Napoléon commit deux erreurs importantes : la première en s'aventurant dangereusement en Espagne et la seconde en s'aliénant les catholiques lorsqu'il fit le pape Pie VII son captif. La dernière partie, "l'échec du système (1811-1815)", présente la fin du système napoléonien  (la douloureuse campagne de Russie et l'éprouvante campagne d'Allemagne) et la chute du Premier Empire en France (la campagne de France et les Cents Jours). Pour son ouvrage, Jean-Philippe Rey a puisé dans l'historiographie la plus récente sans qu'il néglige les classiques de la période. 

Jean-Philippe Rey, Histoire du Consulat et du Premier Empire, Paris, Perrin, 2016, 526 p., 25 euros. 

RSN n° 509 : place aux femmes

La Revue du Souvenir napoléonien vient de faire paraître son dernier numéro, le numéro 509, pour la période octobre à décembre 2016.

Ce nouvel opus de la revue commence par un article consacré aux épouses des maréchaux d'Empire par Alain Pigeard, spécialiste de l'armée napoléonienne et président du Souvenir napoléonien. Alessandro Guadagni s'intéresse au marbre blanc de Carrare à l'époque de Napoléon. Gildard Guillaume, administrateur de l'Institut Napoléon, étudie le rapport qu'entretient la ville de Saumur avec Napoléon. Emmanuelle Papot-Chanteranne présente l'exposition que le musée d'Orsay consacre jusqu'au 15 janvier aux fastes du Second Empire. Jacques Macé s'intéresse aux enfants du siècle du Premier Empire à la Première Internationale. Alain Pigeard présente trois figures de napoléoniens : Philippe Séguin, Georges Six et le baron Jean Thiry. Les chroniques portent sur la marque Ville impériale (réseau de villes qui veulent mettre en avant leur héritage napoléonien), la commémoration de la bataille de la Somme, une exposition présentant des costumes du Premier Empire à Dinard, la plaque commémorative rendant hommage au capitaine Prot et l'inauguration du musée dédié à la campagne de 1814 se trouvant à Montmirail. Le programme du colloque "Napoléon et le droit", qui se déroulera les 14, 15 et 16 mars 2017 à l'Institut catholique d'Études supérieures de la Roche-sur-Yon, est présenté. La revue se termine par l'exposé des activités nationales de l'association.

Pour se procurer la revue : http://www.souvenirnapoleonien.org/


vendredi 30 décembre 2016

La bataille des nations disséquée

Bruno Colson est professeur à l'université de Namur et spécialiste d'histoire militaire. Couronné en 2013 par l'attribution du Prix Premier Empire de la Fondation Napoléon, son ouvrage est réédité par Perrin dans la collection « Tempus ». Article paru dans la Revue du Souvenir napoléonien n° 509, octobre-décembre 2016, p. 59. 
La bataille des Nations se déroula à Leipzig du 16 au 19 octobre 1813 : sa durée, ses effectifs (500 000 combattants engagés) et son étendue (environ 15 km²) en font la plus gigantesque des batailles napoléoniennes. Pour la première fois, le nouvel Alexandre est vaincu sur un champ de bataille, ce qui lui fait perdre l'Allemagne, mettant ainsi fin au Grand Empire. La mémoire de la bataille fut longtemps vivace à tel point que l'Allemagne wilhelmienne inaugura en 1913 un monument imposant, le Völkerschlachtdenkmal (Monument de la Bataille des Nations).
En dix chapitres, Bruno Colson raconte minutieusement la bataille, n'hésitant pas à mettre en annexes les ordres de bataille présentant dans le détail les effectifs des armées et le nom des commandants de chaque division. L'auteur remet en cause le fait que cette bataille soit considérée comme une bataille totale (dans la mesure où la violence fut contrôlée par la volonté politique des dirigeants qui préférèrent, pour prendre Leipzig, sacrifier des soldats en lançant des assauts d'infanterie au lieu de la bombarder, ce qui aurait causer des pertes parmi les civils) et doute qu'il s'agit du point culminant de la guerre de libération de l'Allemagne (puisque les civils firent plus attention aux comportements des soldats qu'à leur nationalité). Quelques cartes sont présentes pour représenter les mouvements de troupes.

Bruno Colson, Leipzig, Paris, Perrin, coll. "Tempus", 2016, 672 p., 12 euros. 

L'aîné méconnu des Bonaparte

Dans son nouvel ouvrage, Thierry Lentz nous offre la biographie d'un personnage passionnant ayant eu une vie bien remplie : Joseph Bonaparte (1768-1844), le frère aîné de Napoléon. À la différence de son cadet, peu d'historiens ont voulu lui consacrer une biographie. Article paru dans la Revue du Souvenir napoléonien, n°508, juillet-septembre 2016, p. 70. 


Depuis Gabriel Girod de l'Ain en 1970, Joseph n'avait pas bénéficier du récent renouvellement biographique. Ce manque d'intérêt pour le personnage s'explique par le fait que Napoléon s'attacha à ternir la réputation de son aîné pour taire ses errements notamment en Espagne. 
Thierry Lentz consacre plus de 700 pages à une vie parfois méconnue et déformée par la légende noire. En quatre parties (le chef du clan ; dans le sillage de Napoléon ; deux fois roi ; le gentleman de Point Breeze) et cinquante-quatre chapitres, il nous retrace un parcours qui conduit son personnage de Corte où il naquit en 1768 à Florence où il mourut en 1844.
Joseph parvint par lui-même à obtenir de bonnes positions. Au début de la Révolution, il eut quelques responsabilités en Corse. Son alliance avec la famille Clary en épousant Julie lui permit d'entrer dans le monde des affaires où il excella. Il fut un bon diplomate sous le Directoire (Naples et Rome) et sous le Consulat (Mortefontaine, paix de Lunéville, Concordat et paix d'Amiens). À la différence de Napoléon, il était perçu comme un homme modéré et aimant la paix, ce qui en faisait un recours probable en cas de disparition de son frère. Il refusa de devenir président de la République italienne puis roi d'Italie. Les règnes napolitain (1806-1808) et espagnol (1808-1813) sont réhabilités. Pendant l'exil de l’île d'Elbe, il séjourna en Suisse et, après les Cent-Jours, il s'installa pendant une vingtaine d'années aux États-Unis. Après l'Angleterre, il s'installa en Toscane où il put retrouver son épouse après 27 ans de séparation.En 1862, Napoléon III décida de rendre hommage à un oncle avec lequel il s'était brouillé lors de ses tentatives de Strasbourg et Boulogne en transférant ses cendres aux Invalides auprès de Napoléon et de Jérôme. 
L'ouvrage comporte notes, annexes (chronologie, descendance ...) et bibliographie. Enfin, un cahier d'illustrations réunit quelques portraits et tableaux.

Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, Paris, Perrin, 2016, 752 p., 27 euros.  

La France au temps de Napoléon


À l'occasion de son nouveau partenariat avec les éditions Vendémiaire et dans la collection « Bibliothèque du XIXe siècle », Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, propose un bel ouvrage intitulé Napoléon et la France. Article paru dans la Revue du Souvenir napoléonien, n° 505, octobre-décembre 2015, p. 58. 


Depuis sa monumentale Nouvelle histoire du Premier Empire (4 vol., Fayard, 2002-2010), l'auteur a complété sa vision de la période par des études particulières et des interventions dans des colloques. L'ouvrage regroupe une partie d'entre elles et est tourné vers la politique intérieur, formant ainsi le pendant au Napoléon diplomate (CNRS Éditions, 2012) traitant de la politique extérieure. Dans son nouveau livre, l'auteur dresse le portrait du régime napoléonien en trois parties (découpées en douze chapitres) : la première partie sur l'État napoléonien composé de quatre chapitres (« Le gouvernement est au centre des sociétés comme le soleil » ; « Pourquoi pas un Empire ? » ; « La question posée aux Chambres » ; « Légitimités impériales »), la deuxième partie sur la société napoléonienne comptant cinq chapitres (« Le grand ouvrage de la centralisation » ; « L'ordre par le droit » ; « La question économique » ; « La refonte du système judiciaire » ; « Du bon usage des Beaux-Arts ») et enfin la troisième partie renferme les avis de l'auteur sur quelques débats et polémiques (« Une dictature militaire? »; « Napoléon et Hitler » ; « Napoléon et les juifs : assimilation ou infamie ? »). La comparaison entre Napoléon et Hitler est celle que l'auteur avait déjà soumise à nos lecteurs en 2012 (RSN, n° 492, p. 18-25). En fin d'ouvrage, Thierry Lentz propose une petite bibliographie regroupant une quinzaine d'ouvrages récents portant sur la politique intérieure de Napoléon. 

Thierry Lentz, Napoléon et la France, Paris, Vendémiaire Éditions, coll. "Bibliothèque du XIXe siècle", 2015, 256 p., 20 euros. 

Le Sphinx du Concert européen

Yves Bruley, après une thèse de doctorat (prix Prosper Mérimée 2011) et Le Quai d'Orsay impérial (prix de la Fondation Napoléon), consacre un nouvel ouvrage sur La diplomatie du Sphinx. Napoléon III et sa politique internationale. Article paru dans la Revue du Souvenir napoléonien, n° 504, juillet-septembre 2015, p. 64. 


L'auteur décortique la politique étrangère en trois parties. La première porte sur "le temps de la reconquête" : le coup d'État est présenté comme un Austerlitz diplomatique du prince-président. Une fois l'Empire rétabli, Napoléon III réussit son mariage mais les négociations pour que le pape le sacre échouent. L'auteur décrit l'entourage de l'Empereur avant de s'intéresser à la querelle des Lieux saints qui entraîne la France dans la guerre de Crimée. Le congrès de Paris est considéré comme une revanche du congrès de Vienne et marque le début de la prédominance française sur l'Europe. Yves Bruley consacre un chapitre à l'ambassade en Russie de Morny. La deuxième partie s'intitule "le temps de la puissance". Un chapitre porte sur la part prise par Napoléon III dans la fondation de la Roumanie. Ensuite, trois chapitres s'intéressent à la politique italienne de l'Empereur avant des contrées plus exotiques (intervention au Liban et ouverture du Siam à l'influence française). Enfin, la dernière partie, "le temps de l'incertitude", montre les hésitations et faiblesses : conquête du Mexique, question polonaise, unité allemande. La partie se conclut sur deux interrogations : Eugène influençait-elle la politique de son époux ? ; et la politique des Tuileries allait-elle à l'encontre de celle du Quai d'Orsay? En appendice, Yves Bruley livre un récit inédit de la crise de juillet 1870 vue par Hippolyte Desprez dont les Souvenirs du ministère des Affaires étrangères sont une source précieuse. L'historien souligne que la diplomatie de Napoléon III n'est pas un bloc tant sur le fond (la politique des nationalités n'est pas le seul axe de la politique impériale) que sur la forme (le Second Empire est divisé en trois phases : collaboration étroite entre Napoléon III et son ministre des Affaires étrangères, un empereur menant une diplomatie personnelle pouvant aller à l'encontre de la diplomatie officielle réalisée par le Quai d'Orsay, et la fin du règne durant laquelle Rouher voulut influencer la politique étrangère). 

Yves Bruley, La diplomatie du Sphinx. Napoléon III et sa politique internationale, Paris, CLD Éditioins/Fondation Napoléon, 2015, 360 p., 23 euros. 

dimanche 6 septembre 2015

"Quand les esclaves se rebellent"

Le numéro de septembre 2015 de la revue l'Histoire (n°415) porte sur les rébellions d'esclaves. Comme Paris accueillera du 30 novembre au 11 décembre 2015 la 21e conférence de l'ONU sur le climat (COP), l'événement est un entretien avec Jean-Baptiste Fressoz (historien des sciences, des techniques et de l'environnement, chercheur au CNRS et enseignant à l'École des hautes études en sciences sociales, auteur de L'Événement Anthropocène. La Terre, l'histoire et nous, paru au Seuil en 2013) intitulé "Climat : l'homme entre en scène." Stefan Lemny, chargé de collections à la Bibliothèque nationale de France, retrace l'histoire du best-seller d'Emmanuel Le Roy Ladurie Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, paru en 1975. Jenny Raflik, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Cergy-Pontoise, étudie un siècle de coopération contre le terrorisme. Gilles Montègre, maître de conférences en histoire moderne à l'université de Grenoble-II-Pierre-Mendès-France, nous relate rapidement la vie du cardinal-diplomate de Bernis dont nous célébrons cette année le tricentenaire de sa naissance et c'est pourquoi un colloque s'intitulant "Le cardinal de Bernis (1715-1794). Médiateur et observateur de l'Europe monarchique et révolutionnaire" se tiendra les 15 et 16 octobre 2015 à Rome. Nouvellement élu professeur au Collège de France pour occuper la chaire "Histoire du Coran. Texte et transmission", François Déroche a droit à un portait réalisé par Pierre Assouline (écrivain, journaliste et membre du conseil scientifique de l'Histoire).
Le dossier sur les rébellions d'esclaves commence par un article de Marcus Rediker (enseignant à l'université de Pittsburgh dont l'ouvrage Les révoltés de l'Amistad. Une odyssée  de l'Atlantique, 1839-1842 paraîtra le 10 septembre au Seuil) s'intitulant "Les mutinés de l'Amistad". Giusto Traina (professeur d'histoire romaine à l'université de Paris-IV-Sorbonne) retrace les révoltes d'esclaves survenues à la fin de la République romaine. Manuel Covo (maître de conférences à l'université de Warwick au Royaume-Uni) analyse la révolte de Saint-Domingue, qui éclata durant la Révolution française. Pap Ndiaye (professeur à l'Institut d'études politiques de Paris) évoque le destin de Nat Turner. Le dossier se termine par un article d'Anaïs Fléchet (maître de conférences à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines) s'intitulant "Zumbi, une légende brésilienne." 
"Les salariés du Moyen Âge" de Laurent Feller (professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne) nous lance dans la rubrique l'atelier des chercheurs (qui s'appelait précédemment recherches). Nicolas Werth (directeur de recherches à l'Institut d'histoire du temps présent) étudie l'opération terres vierges menée par Nikita Khrouchtchev dans les années 1950 en URSS. Enfin, Rahul Markovits (maître de conférences en histoire moderne à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm) estime que le théâtre français du XVIIIe siècle permettait à la France d'exercer son soft power

lundi 22 juin 2015

Maupas, objet du nouveau numéro de HES

Charlemagne-Émile de Maupas (1808-1888), ministre de la Police à l'aurore du Second Empire, fit l'objet d'un colloque en décembre 2013 qui se déroula aux Archives nationales, à Pierrefite-sur-Seine. Le dernier numéro de la revue Histoire, économie et société qui paraît ce mois-ci publie les actes de ce colloque sous le titre Maupas : un préfet en politique, de la Monarchie de Juillet au Second Empire. Ce colloque s'explique par la mise à disposition au public du fonds Maupas aux Archives nationales, soit 111 cartons renfermant une documentation primordiale pour l'étude du XIXe siècle et notamment la carrière préfectorale puisque Maupas fut préfet à plusieurs reprises. Maupas fut une grande figure du Second Empire et, à ce titre, il fit l'objet de quelques travaux. Son passage à la préfecture de police de Paris a été étudié par Claude Vigoureux1. Actuellement, Jacques-Olivier Boudon, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris-IV-Sorbonne et président de l'Institut Napoléon, fait travailler ses élèves de master et de doctorat sur cette personnalité hors-norme.



Histoire, économie et société n°2, juin 2015, 160 p., 18 euros.




1VIGOUREUX Claude, Maupas et le coup d'État de Louis-Napoléon, Paris, Éditions SPM, coll. « Kronos », 2002, 362 p.