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dimanche 30 juillet 2017

La mort des empires


Patrice Gueniffey et Thierry Lentz rééditent chez Perrin dans la collection « Tempus » l'ouvrage qu'ils ont dirigé consacré à la fin des empires. Article inédit. 

L'historien des relations internationales Jean-Baptiste Duroselle écrivait que « tout empire périra ». C'est pourquoi Patrice Gueniffey et Thierry Lentz ont réuni une vingtaine d'historiens pour raconter et analyser le déclin et la chute des empires qui ont façonné le monde. Vingt chapitres nous portent de la fin de l'empire d'Alexandre au déclin de l'Empire américain. Nos lecteurs y retrouveront Thierry Lentz étudiant la fin du système napoléonien sur l'Europe mais ils ne trouveront pas de chapitre sur le Second Empire puisque celui-ci ne façonna pas le monde mais seulement la France. Ils pourront se réconforter par l'étude des empires qui ont inspiré celui de Napoléon, à savoir l'empire romain et l'empire carolingien. Le Saint-Empire romain germanique dont Napoléon fut le fossoyeur a également un chapitre qui lui est consacré. Le XXe siècle occupe une place prédominante dans l'ouvrage puisqu'il a connu la fin de huit empires (Autriche-Hongrie, Empire ottoman, Troisième Reich, Japon, les empires coloniaux britannique et français et l'empire soviétique). Pierre Melandri conclut le livre en se posant la question d'un éventuel déclin de l'Empire américain.
Cet ouvrage est intéressant pour ceux qui veulent connaître le monde d'hier afin de comprendre celui d'aujourd'hui. 

Patrice Gueniffey et Thierry Lentz (dir.), La fin des empires, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2017, 576 p., 10 euros. 

lundi 16 janvier 2017

La mer de Chine, espace de conflictualités

Le numéro 84 de la revue Diplomatie (janvier-février 2017) vient de paraître. Son dossier porte sur les tensions en mer de Chine. Barthélémy Courmont et Éric Mottet se demande si la mer de Chine méridionale est une mer chinoise. Antoine Bondaz étudie la politique américaine en mer de Chine méridionale. Marc Julienne s'intéresse aux intérêts chinois dans cette mer. Stéphanie Martel montre que les pays d'Asie du Sud-Est sont divisés face à la riposte à donner à Pékin. Guibourg Delamotte étudie les enjeux nippons face aux revendications de Pékin en mer de Chine. 
Tristan Hurel interroge le politologue Raphaël Lefèvre sur le conflit syrien. Frédérick Gagnon analyse la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016. Philippe Velilla étudie le fait que les Palestiniens n'ont pas d'État puisque leur territoire est largement contrôlé par les Israëliens. Philippe Méral, Georges Serpantié et Fano Andriamahefazafy s'intéressent à la déforestation à Madagascar. Gabriel Facal étudie la transition démographique en Indonésie. Hugues Eudeline analyse le terrorisme maritime en Afrique. Thierry Vircoulon évoque la piraterie en Afrique. Olivier Mélennec estime que le golfe de Guinée est le nouvel épicentre de la piraterie mondiale. Marianne Péron-Doise étudie les conséquences la piraterie somalienne sur l'océan Indien. Bastien Alex analyse les difficultés à trouver des solutions concernant les changements climatiques. Jean Foyer et Lucile Maertens étudient la gouvernance globale des enjeux climatiques et ses limites. 


2017 : une annus horribilis ?

Le numéro 12 de la revue Conflits pour la période janvier à mars 2017 vient de paraître. Son dossier porte sur les dangers auxquels le monde peut être confrontés durant l'année 2017. En Europe, suite au Brexit, il y a un risque de désunion qui pourrait être accentué par les élections en France, en Allemagne et aux Pays-Bas ainsi que par la crise politique en Italie. En Asie, François Godement montre que la Chine pourrait se montrer plus offensive dans ses revendications maritimes face à ses concurrents comme le Japon et les Philippines. Rappelons que la Chine a opéré fin décembre 2016 la première sortie de son groupe aéronaval dans l'océan Pacifique. Jean-Marie Bouissou s'intéresse à la Corée du Nord, qui reste un pays dont il faut se méfier dans la mesure où sa véritable dangerosité est difficilement évaluable. Au Moyen-Orient, Agnès Richieri montre qu'on craint que la guerre de Syrie, conflit périphérique entre les deux puissances de la région que sont l'Arabie saoudite et l'Iran, ne débouche sur un conflit direct opposant les deux pays. Frédéric Pichon se demande les conséquences que pourraient avoir la prochaine victoire sur l'État islamique. Tancrède Josseran s'interroge sur le chemin que prend actuellement la Turquie d'Erdogan. Bernard Lugan étudie une Afrique du Nord sous tension. Olivier Hanne se demande si la menace djihadiste va disparaître du Sahel. Xavier Moreau se pose la question de savoir si le conflit ukrainien va déboucher sur une victoire pour la Russie. Enfin, Didier Giorgini conclut le dossier en s'intéressant à l'Amérique latine. Parallèlement à cet intéressant dossier, Pascal Gauchon interroge le journaliste spécialisé dans les questions de défense Jean-Dominique Merchet. Frédéric Pons dresse un portrait d'Abdelaziz Bouteflika dont le règne approche de son crépuscule. Tigrane Yégavian se demande si la Guinée-Bissau est un narco-État. Thierry Buron s'intéresse au groupe de Visegrad. Didier Giorgini étudie les micro-États. Olivier de Maison Rouge s'intéresse à la géopolitique du droit américain. Jean-Yves Bouffet voit que la Chine aimerait s'affranchir de la tutelle américaine sur les routes du commerce maritime. Florian Louis dresse le portrait de Thomas Barnett qui met la géopolitique au service du néolibéralisme. Charles Zorgbibe s'intéresse au moment où l'Angleterre a inventé la diplomatie des droits de l'homme. Enfin, Pierre Royer présente la bataille de Yorktown qui fut importante pour la victoire des États-Unis sur le colonisateur anglais. 

samedi 31 décembre 2016

Le Consulat et le Premier Empire revisité

Jean-Philippe Rey, agrégé et docteur en histoire, enseigne en classes préparatoires à l'Institution des Chartreux et à l'Institut d'études politiques de Lyon. Il vient de publier une Histoire du Consulat et du Premier Empire chez Perrin. Article inédit.  
Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon et auteur d'une Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre volumes et d'un Grand Consulat, préface l'ouvrage. Jean-Philippe Rey a découpé la période en quatre parties respectant un plan chronologique. Dans la première, intitulée "la dictature de Salut public (1799-1802), l'auteur traite du coup d'État de Brumaire, de l'établissement du régime, de la nécessité pour le Premier consul de gagner la guerre car le peuple français souhaitait la paix, de la "grande entreprise" de réformes et du triomphe du Premier consul qui obtint le viager de son pouvoir en 1802. La deuxième partie, "le choix de l'Empire (1802-1806)", l'auteur indique que, suite à la reprise de la guerre, l'Empire devait s'imposer comme solution nationale puis comme gouvernement avant d'étudier l'emprise du pouvoir sur la société et surtout le fait que l'Empire est une manière pour la France d'organiser sa domination sur l'Europe. Dans la troisième partie portant sur "le choix du système (1806-1810)", l'auteur montre comment Napoléon organise son contrôle sur l'Europe après avoir défait et humilié la Prusse et s'être entendu (provisoirement) avec le tsar de Russie, Alexandre. Mais Napoléon commit deux erreurs importantes : la première en s'aventurant dangereusement en Espagne et la seconde en s'aliénant les catholiques lorsqu'il fit le pape Pie VII son captif. La dernière partie, "l'échec du système (1811-1815)", présente la fin du système napoléonien  (la douloureuse campagne de Russie et l'éprouvante campagne d'Allemagne) et la chute du Premier Empire en France (la campagne de France et les Cents Jours). Pour son ouvrage, Jean-Philippe Rey a puisé dans l'historiographie la plus récente sans qu'il néglige les classiques de la période. 

Jean-Philippe Rey, Histoire du Consulat et du Premier Empire, Paris, Perrin, 2016, 526 p., 25 euros. 

RSN n° 509 : place aux femmes

La Revue du Souvenir napoléonien vient de faire paraître son dernier numéro, le numéro 509, pour la période octobre à décembre 2016.

Ce nouvel opus de la revue commence par un article consacré aux épouses des maréchaux d'Empire par Alain Pigeard, spécialiste de l'armée napoléonienne et président du Souvenir napoléonien. Alessandro Guadagni s'intéresse au marbre blanc de Carrare à l'époque de Napoléon. Gildard Guillaume, administrateur de l'Institut Napoléon, étudie le rapport qu'entretient la ville de Saumur avec Napoléon. Emmanuelle Papot-Chanteranne présente l'exposition que le musée d'Orsay consacre jusqu'au 15 janvier aux fastes du Second Empire. Jacques Macé s'intéresse aux enfants du siècle du Premier Empire à la Première Internationale. Alain Pigeard présente trois figures de napoléoniens : Philippe Séguin, Georges Six et le baron Jean Thiry. Les chroniques portent sur la marque Ville impériale (réseau de villes qui veulent mettre en avant leur héritage napoléonien), la commémoration de la bataille de la Somme, une exposition présentant des costumes du Premier Empire à Dinard, la plaque commémorative rendant hommage au capitaine Prot et l'inauguration du musée dédié à la campagne de 1814 se trouvant à Montmirail. Le programme du colloque "Napoléon et le droit", qui se déroulera les 14, 15 et 16 mars 2017 à l'Institut catholique d'Études supérieures de la Roche-sur-Yon, est présenté. La revue se termine par l'exposé des activités nationales de l'association.

Pour se procurer la revue : http://www.souvenirnapoleonien.org/


vendredi 30 décembre 2016

La bataille des nations disséquée

Bruno Colson est professeur à l'université de Namur et spécialiste d'histoire militaire. Couronné en 2013 par l'attribution du Prix Premier Empire de la Fondation Napoléon, son ouvrage est réédité par Perrin dans la collection « Tempus ». Article paru dans la Revue du Souvenir napoléonien n° 509, octobre-décembre 2016, p. 59. 
La bataille des Nations se déroula à Leipzig du 16 au 19 octobre 1813 : sa durée, ses effectifs (500 000 combattants engagés) et son étendue (environ 15 km²) en font la plus gigantesque des batailles napoléoniennes. Pour la première fois, le nouvel Alexandre est vaincu sur un champ de bataille, ce qui lui fait perdre l'Allemagne, mettant ainsi fin au Grand Empire. La mémoire de la bataille fut longtemps vivace à tel point que l'Allemagne wilhelmienne inaugura en 1913 un monument imposant, le Völkerschlachtdenkmal (Monument de la Bataille des Nations).
En dix chapitres, Bruno Colson raconte minutieusement la bataille, n'hésitant pas à mettre en annexes les ordres de bataille présentant dans le détail les effectifs des armées et le nom des commandants de chaque division. L'auteur remet en cause le fait que cette bataille soit considérée comme une bataille totale (dans la mesure où la violence fut contrôlée par la volonté politique des dirigeants qui préférèrent, pour prendre Leipzig, sacrifier des soldats en lançant des assauts d'infanterie au lieu de la bombarder, ce qui aurait causer des pertes parmi les civils) et doute qu'il s'agit du point culminant de la guerre de libération de l'Allemagne (puisque les civils firent plus attention aux comportements des soldats qu'à leur nationalité). Quelques cartes sont présentes pour représenter les mouvements de troupes.

Bruno Colson, Leipzig, Paris, Perrin, coll. "Tempus", 2016, 672 p., 12 euros. 

L'aîné méconnu des Bonaparte

Dans son nouvel ouvrage, Thierry Lentz nous offre la biographie d'un personnage passionnant ayant eu une vie bien remplie : Joseph Bonaparte (1768-1844), le frère aîné de Napoléon. À la différence de son cadet, peu d'historiens ont voulu lui consacrer une biographie. Article paru dans la Revue du Souvenir napoléonien, n°508, juillet-septembre 2016, p. 70. 


Depuis Gabriel Girod de l'Ain en 1970, Joseph n'avait pas bénéficier du récent renouvellement biographique. Ce manque d'intérêt pour le personnage s'explique par le fait que Napoléon s'attacha à ternir la réputation de son aîné pour taire ses errements notamment en Espagne. 
Thierry Lentz consacre plus de 700 pages à une vie parfois méconnue et déformée par la légende noire. En quatre parties (le chef du clan ; dans le sillage de Napoléon ; deux fois roi ; le gentleman de Point Breeze) et cinquante-quatre chapitres, il nous retrace un parcours qui conduit son personnage de Corte où il naquit en 1768 à Florence où il mourut en 1844.
Joseph parvint par lui-même à obtenir de bonnes positions. Au début de la Révolution, il eut quelques responsabilités en Corse. Son alliance avec la famille Clary en épousant Julie lui permit d'entrer dans le monde des affaires où il excella. Il fut un bon diplomate sous le Directoire (Naples et Rome) et sous le Consulat (Mortefontaine, paix de Lunéville, Concordat et paix d'Amiens). À la différence de Napoléon, il était perçu comme un homme modéré et aimant la paix, ce qui en faisait un recours probable en cas de disparition de son frère. Il refusa de devenir président de la République italienne puis roi d'Italie. Les règnes napolitain (1806-1808) et espagnol (1808-1813) sont réhabilités. Pendant l'exil de l’île d'Elbe, il séjourna en Suisse et, après les Cent-Jours, il s'installa pendant une vingtaine d'années aux États-Unis. Après l'Angleterre, il s'installa en Toscane où il put retrouver son épouse après 27 ans de séparation.En 1862, Napoléon III décida de rendre hommage à un oncle avec lequel il s'était brouillé lors de ses tentatives de Strasbourg et Boulogne en transférant ses cendres aux Invalides auprès de Napoléon et de Jérôme. 
L'ouvrage comporte notes, annexes (chronologie, descendance ...) et bibliographie. Enfin, un cahier d'illustrations réunit quelques portraits et tableaux.

Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, Paris, Perrin, 2016, 752 p., 27 euros.