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samedi 20 avril 2013

Louis Madelin et Talleyrand



http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Madelin
Louis Madelin (1871-1956) fut l'un des grands historiens de la Révolution et de l'Empire. En 1901, il publia  un Fouché, produit de sa thèse de doctorat dirigée par Alphonse Aulard. Nonobstant Stefan Zweig et Jean Tulard qui ont été de bons biographes du ministre de la Police générale du Consulat et du Premier Empire, la biographie de Madelin fait encore autorité et a été rééditée en 2010 par Nouveau Monde avec une préface de Jacques-Olivier Boudon. Après un grand nombre d'ouvrages sur la Révolution et l'Empire, il entreprit, en 1937, de renouveler ce qu'avait fait Adolphe Thiers et d'écrire à son tour une Histoire du Consulat et de l'Empire en seize volumes, un périple qu'il acheva en 1953. Cette oeuvre magistrale a été rééditée en quatre tomes en 2003 par Robert Laffont. Elle reste intéressante à consulter même si aujourd'hui la référence est évidemment la masse granitique de Thierry Lentz en cinq volumes (le Grand Consulat et Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre tomes). En 1944, Louis Madelin publia une biographie de Talleyrand, rééditée en 1979 par Tallandier, en 1984 par Marabout et en 2014 par Perrin dans la collection Tempus. 

Le lecteur trouvera ci-dessous la préface de Madelin à son Talleyrand :

« Lorsque, dans ma jeunesse, j'étudiais Fouché, je trouvais assez vite le ministre des Relations extérieurs du Consulat et de l'Empire dressé contre son collègue de la Police générale par une rivalité fort âpre, puis, tout au contraire, le prince de Bénévent lié avec le duc d'Otrante en des trames secrètes, puis s'éloignant et sans cesse se rapprochant de lui jusqu'à cette heure singulière où, « le vice s'appuyant sur le crime », Chateaubriand les a vus sortir du cabinet de Louis XVIII, l'ex-oratorien régicide soutenant la marche toujours pénible de l'évêque apostat, jusqu'à cette heure enfin, où les deux hommes, redevenus ennemis, s'entraînent l'un l'autre dans leur commune chute.
« Ce Talleyrand, je l'ai retrouvé dès les premiers chapitres de l'histoire de la Révolution, que j'essayais de retracer, comme dans les derniers – jeune député du Clergé aux États généraux, puis membre de l'Assemblée constituante où il marque avec éclat, et, à l'autre extrémité du drame, ministre du Directoire dont il prépare la ruine. Et quand, peu après, je faisais de Danton l'objet d'une autre étude, j'apercevais soudain cette figure passer, une heure, dans la vie du tribun révolutionnaire qui, devenu gouvernant, cherche dans les conceptions diplomatiques du ci-devant évêque d'Autun des inspirations à sa politique encore incertaine.
« Il va sans dire que, de la première à la dernière heure de l'Histoire du Consulat et de l'Empire, j'ai vu le « citoyen Talleyrand-Périgord », plus tard « Son Altesse le prince de Bénévent », jouer les rôles les plus divers : artisan de Brumaire, collaborateur zélé du Premier Consul, serviteur précieux, mais dangereux de l'Empereur, adversaire secret et actif du souverain, sapant ce trône impérial qu'il a jadis tant contribué à élever.
« Ayant eu, enfin, quelque velléité d'écrire une vie de Louis-Philippe, depuis abandonnée, j'ai retrouvé, à côté du duc d'Orléans délibérant, en juillet 1830, d'accepter le trône, le vieux « prince de Talleyrand » qui l'y pousse, pour se faire, l'événement révolu, l'un des plus utiles collaborateurs de politique extérieure et obtenir, pour le « roi des barricades », « droit de cité en Europe ».
« On ne rencontre pas si souvent un personnage si extraordinaire et d'ailleurs si énigmatique sans être vite tenté de le mieux connaître. Ce n'a jamais été un simple comparse que Maurice de Talleyrand et, j'ai eu, au long de ma carrière, l'esprit occupé, presque préoccupé de cet homme. On a dit et écrit de lui tant de choses troublantes – pierre de scandale pour les uns, objet d'admiration pour les autres, intrigant infatigable, dit celui-ci, homme d'État éminent, proclame celui-là ! Comme j'estime que la clé des trois quarts des existences se trouve dans leurs débuts, j'avais accueilli avec joie un petit livre de mon confrère Bernard de Lacombe sur la Jeunesse de Talleyrand ; il m'avait passionné et j'avais entendu en tirer des conclusions dans un opuscule que j'avais intitulé, un peu audacieusement, Talleyrand préhistorique.
« À cette époque, un homme fort distingué, Georges Pallain, semblait désigné pour se faire l'historien de Talleyrand ; il avait publié de précieux recueils de documents concernant le personnage ; je crois qu'il avait le dessein de se consacrer, un jour, entièrement à l'étude de l'homme qui, j'en peux témoigner, l'obsédait ; mais Pallain avait été très tôt disputé, puis arraché à ses études par les hautes fonctions que d'éminents services prolongèrent fort tard ; il ne connut même pas l'heure d'une retraite qu'il avait compté, me disait-il souvent, vouer à l'histoire de l'homme d'État. J'ai beaucoup connu Georges Pallain dans ses dernières années et me suis beaucoup entretenu avec lui de Talleyrand. Il me poussait à « le prendre en main » après Fouché. Mais déjà Napoléon me disputait à son ancien ministre, et lorsque mon excellent confrère Georges Lacour-Gayet voulut bien s'ouvrir à moi de l'intention où il était de se saisir du sujet, je l'y encourageai bien cordialement.
« Lacour-Gayet a composé une véritable somme, ainsi que l'on disait autrefois : tout ce qu'on pouvait, à l'époque où il écrivait, tirer, sur Talleyrand, des documents publiés comme des pièces d'archives, il l'a, après un remarquable travail, versé dans trois tomes importants et comme, de ces documents, il fait des citations longues et fort suggestives, on est amené à traiter ces volumes moins en livre définitif qu'en mine – une mine dont toutes les galeries, d'ailleurs, seraient admirablement aménagées. Le seul regret que laisse la lecture de cette oeuvre si consciencieuse, c'est celui de ne pas voir jaillir le personnage qu'on cherche. L'historien ne s'est certes pas refusé à formuler, en cours de route, des jugements, souvent sévères, d'ailleurs sans parti pris, mais il a, en fin de volume, avoué que l'homme restait pour lui une énigme indéchiffrable, laissant ainsi le lecteur un peu déçu. Il n'en va pas moins que tout historien qui, depuis la publication de l’oeuvre de Lacour-Gayet, a voulu étudier de nouveau Talleyrand, a dû y puiser si largement, que tous ont été amenés à lui rendre un hommage qu'à mon tour, je lui apporte ici.
« Sans doute le regret que j'exprimais à l'instant a-t-il été général puisque, depuis, tant d'autres ont essayé de dégager, des documents mis par Lacour-Gayet à leur disposition, la figure de Talleyrand pour qui, du comte de Saint-Aulaire à Paul Lesourd, ils se sont, en thèse générale, montrés beaucoup plus indulgents que l'érudit professeur.
« Émile Dard est venu verser « au procès » des documents bien précieux et des faits très nouveaux. Son livre Napoléon et Talleyrand, paru en 1935, n'embrasse, ainsi que l'indique le titre, qu'une partie – à la vérité considérable – de la vie de l'homme d'État ; mais tout l'homme y tient et, sous un aspect, à mon sens, beaucoup plus net que dans l’oeuvre de Lacour-Gayet. Émile Dard a notamment extrait des Archives autrichiennes des lettres et rapports qui jettent sur le personnage une lumière fort crue. Nulle publication n'est, à mon sens, plus accablante pour sa mémoire ; vénalité et trahison s'y montrent bien plus graves qu'aucun historien ne l'avait même soupçonné ; mais Émile Dard, s'il confirme et accuse la rare immoralité de l'homme, met en valeur, plus aussi qu'aucun historien, l'homme d'État qui, à mon sens, aurait toujours eu raison contre Napoléon et, en fait, contre tout le monde. Dans un livre sur le rôle du prince en 1814 et 1815, Guglielmo Ferrero a singulièrement appuyé sur la chanterelle et, se fondant d'ailleurs sur une forte documentation, a dépassé, à mon avis, jusqu'à l'outrance, les historiens les plus enthousiasmés par la politique de Talleyrand ; mais Jean Thiry, dans son important volume sur la Première Restauration, s'appuyant sur d'autres documents, est amené, tout au contraire, à en rabattre beaucoup au sujet des mérites et des résultats de cette politique.
« Talleyrand reste donc – ainsi qu'un jour, il en avait exprimé le désir – l'objet des plus vives contestations et des plus étonnantes contradictions. J'ai essayé, ne fût-ce que pour ma satisfaction – et ma gouverne – , de regarder, moi aussi, le personnage en pied et, ne l'ayant jamais vu jusqu'ici qu'apparaître, de l'arrêter pour tenter enfin de le comprendre. Au cours de mes études – aujourd'hui longues – sur la Révolution et l'Empire, j'avais, comme tant d'historiens, reçu de lecteurs – précieux autant qu'obligeants – communications de pièces inédites qui m'ont beaucoup aidé à élucider certains événements ; beaucoup de ces pièces avaient trait à Talleyrand – lettres par lui écrites ou par lui reçues – ; comme, d'autre part, nul personnage ne m'intéressait plus, sauf Napoléon, je n'avais jamais laissé passer sans en prendre note les documents qui le concernaient, recueillis aux Archives ou dans les bibliothèques ; ainsi m'étais-je fait, dans mon fichier Révolution et Empire, un fichier Talleyrand qui, sans valoir, certes, celui d'un Lacour-Gayet ou d'un Émile Dard, m'a, sur l'homme, fourni bien des lumières.
« Il fallait en finir ; j'ai, moi aussi, tenté d'écrire un Talleyrand. J'ai repris les recueils de pièces, particulièrement les volumes de Georges Pallain sur la Mission de Londres de 1792 et le Ministère sous le Directoire, les Lettres inédites de Talleyrand à Napoléon que Pierre Bertrand, bibliothécaire aux Affaires étrangères, a, pour notre fortune, si soigneusement colligées et publiées, la Correspondance de Napoléon, à laquelle il faut toujours revenir, et ses annexes, la Correspondance de Talleyrand et de Louis XVIII, la Correspondance entre Talleyrand et Jaucourt en 1814-1815, sans parler des grandes publications étrangères, telles que le Deutschland und Frankreich de Bailleu, que mes études sur l'Empire m'ont rendues familières et dans lesquelles Talleyrand occupe une si grande place. J'ai relu quelques-uns des Mémoires où ce grand acteur apparaît plus particulièrement : ceux de Metternich, de Mme de Rémusat, de Molé, de Pasquier, de Beugnot, de la duchesse de Dino, les confidences du bibliothécaire du prince, Amédée Pichot, comme le récit si émouvant que l'abbé Dupanloup a rédigé sur les derniers jours du vieillard – enfin ou plutôt avant tout des fameux Mémoires de Talleyrand lui-même qui, même tronqués et, dit-on, en
certaines de leurs parties, altérés, n'en constituent pas moins un témoignage étonnant, beaucoup moins sur les événements – sciemment arrangés, colorés et souvent dénaturés – que sur le personnage même qui a tant désiré en imposer à la postérité.
« Je n'ai pas eu, bien entendu, la prétention de refaire le travail de Lacour-Gayet qui a abouti à l’oeuvre que j'ai dite. Pas plus n'ai-je pensé à construire un ouvrage analogue à celui que j'ai, à mes débuts, consacré à Fouché ; Fouché n'avait pas eu un seul biographe et il fallait aller chercher partout les matériaux de la construction ; Talleyrand a, nous le savons, eu, lui, beaucoup de biographes, presque trop, et je pouvais faire mon profit de solides travaux autant que des documents publiés. Non : il s'agissait de me camper à moi-même un Talleyrand. L'ayant déjà, je l'ai dit, beaucoup fréquenté, j'ai voulu le connaître. J'ai, d'ailleurs, essayé d'aborder l'homme sans un préjugé et, ayant eu maintes fois l'occasion de parler de lui en passant, j'étais bien résolu, s'il le fallait, à réviser mes jugements. Ayant depuis de longs mois, vécu en sa singulière et dangereuse compagnie, je pense n'avoir pas subi cette fameuse « fascination » que, dit-on, ce « diable d'homme » - ainsi que disait l'Empereur – exerçait sur tous ceux, Napoléon compris, qui l'approchaient, et et qu'il semble continuer à exercer sur tant d'historiens, habitués cependant à se mettre en garde ; je veux espérer aussi que, me défendant de la « fascination », je n'ai pas trop réagi contre elle en noircissant l'homme. En tout cas ne pouvais-je le diminuer : il a été, parmi les personnages non seulement de son temps, mais de notre histoire, un des plus marquants ; on n'ose écrire « un des plus grands », et je dirai pourquoi. »
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vendredi 11 janvier 2013

Jean Tulard, le détective de Napoléon


Jean Tulard, né en 1933 à Paris, est le maître actuel des études napoléoniennes. On ne peut pas travailler sur la période du Consulat et de l'Empire sans jamais évoquer son nom. Il a longtemps enseigné à l'Université de Paris IV-Sorbonne (1971-2003). Il est membre de l'Académie des Sciences morales et politiques. C'est aussi un spécialiste du cinéma et du roman policier. Yves Bruley, lauréat du prix Second Empire 2012 de la Fondation Napoléon pour son Quai d'Orsay impérial, a été l'élève puis l'assistant de Jean Tulard en Sorbonne. L'élève a mené plusieurs entretiens avec le maître et l'ouvrage Détective de l'histoire paru chez Ecriture en 2012 en est le produit. Ce livre revient sur le parcours très riche de Jean Tulard, sur la vision tulardienne de l'histoire et du métier d'historien et sur plusieurs autres sujets (le roman policier, la gastronomie, etc.). Le livre est intéressant à lire grâce aux petites anecdotes dont Jean Tulard a le secret et il montre qu'il est possible d'allier la grande connaissance à un humour percutant. Cet ouvrage est à lire ! 

mercredi 26 septembre 2012

La campagne de Russie vu par un historien russe

Après Armand Colin (J.-O. Boudon), Flammarion (M.-P.Rey), De Fallois (Zorgbibe), Tallandier "Texto" (réédition de C.Cate) et les éditions des Syrtes (réédition de D.Lieven), Fayard sort aussi son ouvrage sur la campagne de Russie écrit par l'historien russe Oleg Sokolov. 


Personnellement, je n'avais pas entendu ni lu le nom de cet historien jusqu'à aujourd'hui (honte à moi !) et la lecture d'un mail du Souvenir napoléonien. Oleg Sokolov est présenté comme le grand spécialiste russe de l'histoire napoléonienne. Cet ouvrage semble intéressant à plusieurs titres. D'abord, il s'agit d'un ouvrage écrit par un historien russe, donc un point de vue non français et la vision de "l'autre camp". Ensuite, Sokolov (aucun parallèle avec un savant de mgs 3 s'il vous plaît), à l'exemple de D.Lieven qui s'intéresse à la période allant de Tilsit (1807) à l'entrée des Russes à Paris (1814), ne traite pas seulement de la campagne de 1812, il démarre à 1805 donc à Austerlitz. La seule critique que l'on peut faire, c'est que la publication de cet ouvrage s'ajoute à l'overdose d'ouvrages publiés cette année (cf. ci-dessus, et il y en a sans doute d'autres, je n'ai mentionné que ceux que je connais), normalement Perrin sortira en novembre un ouvrage sur la question dirigé par Thierry Lentz, il s'agira, je crois, d'actes d'un colloque qui s'est tenu cette année. Bref, même si je possède le Boudon, le Cate, le Lieven et le Muhlstein sur la question, je suis bien tenté d'acheter cet ouvrage prochainement. 

Le mail que j'ai reçu du Souvenir napoléonien m'indiquait qu'Oleg Sokolov tiendra une conférence le mardi 16 octobre à 18h (si j'y vais, je ne pourrais être à l'heure à cause de mon travail et j'arriverais donc en retard  au mieux d'une trentaine de minutes, ce qui est fortement dommage) à la Maison de la France Libre (59 rue Vergniaud 75013 Paris, métro Corvisart ou Glacière, ou bus 62). 

dimanche 20 mai 2012

"Napoléon III et l'impératrice Eugénie en villégiature à Fontainebleau. Un château, une ville et sa forêt sous le Second Empire" conférence de Patrick Daguenet

Dimanche 20 mai 2012, à dix heures, la conférence de l'historien Patrick Daguenet commence dans la grande salle du Théâtre municipal de Fontainebleau au son d'une valse qu'il fait écouter à l'assistance. Daguenet fait sa conférence à l'aide de tableaux et de photographies généralement d'époque projetés à l'écran. Il explique son sous-titre par le fait que l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie se détendaient au château mais profitaient aussi de la ville et de la forêt. Plusieurs tableaux projetés sont l'oeuvre de Winterhalter, le peintre officiel du Second Empire. Daguenet présente rapidement Napoléon III en rappelant que l'empereur, né en 1808, connaissait bien la ville de Fontainebleau puisqu'il y avait été baptisé en novembre 1810. Il insiste surtout sur le fait que Napoléon III fût un dictateur (je crains que Patrick Daguenet fasse partie des historiens qui pensent que Napoléon III serait le précurseur des régimes totalitaires du XXe siècle, ce qui est faux), qu'il fût un homme "d'extrême-droite (sic) qui a un côté social très développé". Il a mentionné une oeuvre de Napoléon III : son Extinction du paupérisme (1844). Il rappelle que le Second Empire a longtemps été condamné par l'historiographie avant d'être réhabilité sur les plans artistiques et économiques car selon Daguenet, le Second Empire ne peut pas être réhabilité dans le domaine politique. On apprend que l'impératrice se déguisait en Marie-Antoinette pour laquelle elle se passionna. Elle occupa ses appartements à Fontainebleau. La gare de Fontainebleau, inaugurée en 1859 et équipée à l'origine de trois voies, permettait à l'empereur, à l'impératrice et à leurs invités de venir en train depuis Paris. Le nombre d'invités s'élevait à une cinquantaine et ils venaient, au minimum pour une semaine, avec de nombreux bagages, ce qui provoquai des heurts entre eux. Ils entraient par la cour d'honneur. Le choix du mobilier du château et des invités faisait partie du domaine de l'impératrice. L'aile Louis XV du château était réservée aux invités prestigieux. Si les invités arrivaient en retard, ils pouvaient être amenés à payer une petite amende. En 1857, Prosper Mérimée proposa à l'assistance une dictée où le prince de Metternich, l'ambassadeur d'Autriche, s'illustra par son excellente maîtrise de l'orthographe. Le théâtre impérial, inauguré en 1857, servit à une dizaine de reprises entre 1860 et 1668. Lors des repas, le service à la russe (les plats sont servis dans un ordre) remplaçait le service à la française (tous les plats sont présents sur la table au même moment). L'audience de trois ambassadeurs siamois en 1861 fut un moment important de la vie de cour à Fontainebleau. On s'amusait beaucoup à Fontainebleau : promenades, concerts donnés par un orchestre militaire, tirs de feux d'artifices auxquels les Bellifontains étaient invités, navigations sur l'étang aux carpes avec quelques hommes tombant à l'eau (y compris le prince impérial) sans cas de noyade constaté car l'on nageait bien à l'époque, promenades et piques-niques en forêt (la cuisine pouvait se faire dans la forêt), parties de chasse, promenades sur la Seine et à Melun, promenades aux flambeaux, etc. L'empereur et l'impératrice rencontraient les artistes de Barbizon et leur achètaient quelques toiles. "Fontainebleau est un laboratoire de la création culturelle". Fontainebleau, ville royale et impériale encore dominée par la paysannerie à l'époque (la foire aux bestiaux a eu lieu devant le château jusqu'au début du XXe siècle),  commença à voir son tourisme se développer à partir du Second Empire. Les séjours de la cour à Fontainebleau cessèrent en 1868. Par la suite,  seul le président Sadi-Carnot alla à Fontainebleau. et l'impératrice Eugénie fit une dernière visite dans la ville en juillet 1914. 

Pour en savoir plus sur le Second Empire : 

ANCEAU Eric, La France de 1848 à 1870. Entre ordre et mouvement, Paris, Le Livre de Poche, coll. "Références", 2002.
ANCEAU Eric, Napoléon III. Un saint-simonien à cheval, Paris, Tallandier, 2008.
ENCREVE André, Le Second Empire, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 2004.
LENTZ Thierry, Napoléon III, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1995.
SMITH William, Eugénie, impératrice et femme, Paris, Orban, 1989.
SMITH William, Napoléon III, Paris, Nouveau Monde éditions, coll. "Poches", 2007 [1982].

Un lien lié à cette conférence :


jeudi 12 avril 2012

Une brève et intéressante biographie de Bismarck



Otto von Bismarck (1815-1898) est l'un des personnages de l'histoire germanique les mieux connus des Français avec Adolf Hitler (1889-1945) et Frédéric le Grand (1712-1786) car ces trois hommes ont inspiré l'écriture de nombreuses biographies dont plusieurs sont disponibles en langue française. Hélène Bravard-Thévenet a rédigé une biographie brève, bien écrite et intéressante sur le "chancelier de fer". Le format de cette biographie rappellera celui de la célèbre collection "Que sais-je ?" des PUF. L'auteure défile la vie du père de l'Unité allemande en cinq parties bien faites : "une jeunesse sans perspective" ; "premiers pas dans la politique et la diplomatie" ; "le grand dessein : l'unité allemande" ; "un chancelier tout puissant" ; "les dernières années". L'ouvrage est richement illustré d'extraits de sources littéraires et de documents iconographiques. Une chronologie conclue l'ouvrage. Néanmoins, je regrette l'absence de bibliographie pouvant amener à consulter des biographies plus complètes de Bismarck et/ou des histoires de l'Allemagne et de la Prusse.
L'auteure indiquant, à la fin de chaque extrait de source littéraire, d'où elle l'a tiré, je peux établir une petite bibliographie :
GALL Lothar, Bismarck, le révolutionnaire blanc, Fayard, 1984. (6 extraits)
von BISMACK Otto, Pensées et souvenirs, 1898, Calmann-Lévy, 1984. (10 extraits)
ROTH François, L'Allemagne de 1815 à 1918, Armand Colin, 2000. (2 extraits)
Mémoires du chancelier Prince de Bülow, Plon, 1931. (9 extraits)
LUDWIG Emil, Bismarck, Payot, 1984. (1 extrait)
BAINVILLE Jacques, Bismarck, Ed.Godefroy de Bouillon, 1995. (1 extrait)
Saint-René de Taillandier, Dix ans de l'histoire de l'Allemagne, Didier, 1879. (1 extrait)
du CAMP Maxime, Souvenirs d'un demi-siècle. La chute du second Empire et la IIIe République, Hachette, 1949. (1 extrait)
VERMEIL Edmond, L'Allemagne contemporaine, Aubier, 1953. ( 1 extrait)
BRUNSCHWIG Henri, L'expansion allemande outre-mer du XVe siècle à nos jours, PUF, coll. "Etudes coloniales", 1957. (1 extrait)

lundi 27 juin 2011

Comment l'histoire de Napoléon s'est-elle écrite ?

 

PETITEAU Natalie, Napoléon, de la mythologie à l'histoire, Paris, Seuil, coll. "Points Histoire", 2004 [1999].

Dans l'historiographie napoléonienne, Napoléon, de la mythologie à l'histoire de Natalie Petiteau est un ouvrage à part car l'auteure n'a pas réalisé une nouvelle biographie de l'Empereur. Elle s'est attachée à analyser les interprétations de l'histoire napoléonienne. Natalie Petiteau est née en 1963. Depuis 2005, elle est professeur d'histoire contemporaine à l'Université d'Avignon, auparavant elle a enseigné dans les universités de Paris X-Nanterre et de Poitiers ainsi que dans le secondaire. En plus de cet ouvrage, elle est l'auteure de nombreux articles et de quelques ouvrages dont le dernier Les Français et l'Empire 1799-1815 est paru en 2008 chez La Boutique de l'Histoire-éditions de l'Université d'Avignon. 
L'ouvrage Napoléon, de la mythologie à l'histoire est organisé en trois parties. La première est assez longue, elle occupe la moitié de l'ouvrage. Elle est consacrée aux différents portraits de Napoléon qui ont été rédigés depuis la première abdication de l'Empereur (1814). Napoléon fut pour certains un ogre, pour d'autres une légende et pour d'autres encore un héros romantique, etc. Il a fallu attendre 1912 et la fondation de la Revue des études napoléoniennes pour avoir les premières publications scientifiques sur la période napoléonienne avec notamment l'historien Alphonse Aulard. Néanmoins, l'image du héros romantique que serait Napoléon persiste encore. C'est en 1823 que paraît le Mémorial de Saint-Hélène rédigé par Emmanuel de Las Cases. Dans cet ouvrage, Napoléon donne sa version de son règne. Le Mémorial fait de Napoléon le champion des idées libérales, un défenseur du droit des nationalités et il n'a jamais décidé de faire la guerre, il fut contraint à la faire. Les questions soulevées par le Mémorial ont passionné les historiens. C'est l'objet de la deuxième partie. Napoléon est-il un usurpateur, un sauveur, un héritier de la Révolution, etc ? Napoléon est-il un empereur pacifiste, un ambitieux, etc ? Napoléon est-il le père de l'Europe moderne, l'incitateur du mouvement des nationalités, etc ? À toutes ces questions, maints historiens ont apporté leurs interprétations. En troisième et dernier lieu, Natalie Petiteau évoque les renouvellements de l'historiographie napoléonienne. La France fut-elle modernisée par l'oeuvre législative de Napoléon ? L'Empire fut-il un handicap pour l'économie française ? Voit-on l'émergence de nouvelles classes sociales avec l'Empire ? La bibliographie de l'ouvrage est très fournie, elle s'étend sur une quarantaine de pages, elle est bien classée et les ouvrages sont référencés complètement (nom et prénom de l'auteur, titre, lieu d'édition, éditeur, collection, année d'édition, nombre de pages). 
L'ouvrage de Natalie Petiteau vaut vraiment le coup, des ouvrages qui ont un tel objet d'étude sont assez rares et il est bien fait. 


PS : N'ayant pas l'habitude de faire des compte-rendus, j'aimerai que vous me donniez vos impressions sur cet article : dites ce qui va, ce qui ne va pas. 


mercredi 6 avril 2011

Napoléon III et le Second Empire

En 2008, nous fêtions le bicentenaire de la naissance de Napoléon III.
Louis-Napoléon Bonaparte naquit le 20 avril 1808. Il était le fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande et d'Hortense de Beauharnais, fille de Joséphine de Beauharnais, impératrice des Français. En somme, il était le neveu de Napoléon Ier, Empereur des Français de 1804 à 1815. Il fut le premier Président de la République française (1848-1852) et le second Empereur des Français (1852-1870). Il mourut le 9 janvier 1873.
Les vidéos qui vont suivre sont des extraits de l'émission radiophonique de France Inter 2000 ans d'histoire du 21 avril 2008. L'émission est présentée par Patrice Gélinet. Elle est consacrée à Napoléon III et au Second Empire (1852-1870). L'invité de Patrice Gélinet est Eric Anceau, historien, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Paris IV-Sorbonne. Il enseigne par ailleurs à l'Institut d'Etudes politiques de Paris. En 2008, il venait d'avoir rédigé une biographie de Napoléon III publiée chez Tallandier.








Orientations bibliographiques :

Pour ceux qui ont été intéressés par cette émission, je vous donne quelques conseils bibliographiques d'ouvrages se trouvant dans ma bibliothèque. 

Ouvrages généraux :

ADOUMIE Vincent, De la monarchie à la république 1815-1879, Paris, Hachette, coll. "Carré Histoire", 2004.
AGULHON Maurice, 1848 ou l'apprentissage de la République. 1848-1852, Paris, Seuil, coll. "Points Histoire", 2002 [1973]. 
ANCEAU Eric, La France de 1848 à 1870. Entre ordre et mouvement, Paris, Le Livre de Poche, coll. "Références", 2002.
CARON François, La France des patriotes de 1851 à 1918 (tome V de l'Histoire de France dirigée par Jean Favier), Paris, Le Livre de Poche, coll. "Références", 2002 [1985]. 
DEMIER Francis, La France du XIXe siècle 1814-1914, Paris, Seuil, coll. "Points Histoire", 2000. 
FURET François, La Révolution 1770-1880 (tomes V et VI de l'Histoire de France Hachette), 2 vol., Paris, Hachette, coll. "Pluriel", 1998 [1988]. [Le tome 1 couvre la période 1770 à 1814, le second étudie la période allant de 1814 à 1880.]
MIQUEL Pierre, Le second Empire, Paris, Perrin, coll. "Tempus", 2008 [1992]. 
PLESSIS Alain, De la fête impériale au mur des fédérés 1852-1871, Paris, Seuil, coll. "Points Histoire", 1979.
TULARD Jean, Les révolutions de 1789 à 1851 (tome IV de l'Histoire de France dirigée par Jean Favier), Paris, Le Livre de Poche, coll. "Références", 1993 [1985].

Biographies de Napoléon III :

ANCEAU Eric, Napoléon III. Un Saint-Simon à cheval, Paris, Tallandier, 2008. 
GIRARD Louis, Napoléon III, Paris, Hachette, coll. "Pluriel", 2002 [1986].
LENTZ Thierry, Napoléon III, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1995.
MILZA Pierre, Napoléon III, Paris, Perrin, coll. "Tempus", 2006 [2004]. 
SMITH William, Napoléon III, Paris, Nouveau Monde, coll. "Poches", 2007 [1982].